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« Jouer Frère Luc était un véritable acte de foi »...

« Jouer Frère Luc était un véritable acte de foi »


2-jouer-frere-luc-etait-un-veritable-acte-de-foijpg_page1A l’affiche dans «Des hommes et des dieux», Michael Lonsdale y joue Frère Luc, un personnage hors du commun. Entretien avec cet acteur engagé qui donnera une conférence ce prochain week-end à Saint-Maurice.

«Ouiii?» Au bout du fil, Michael Lonsdale: il répond à notre interview depuis Bari, où il travaille à un enième tournage. L’acteur a en effet une filmographie longue comme le bras, dans laquelle on peut lire, entre autres, les noms de Steven Spielberg (il a joué dans «Münich») ou de James Bond (Lonsdale était un des méchants). Dernièrement, «Des hommes et des dieux» lui a permis d’entrer dans un monde lent et généreux, celui de la vie moniale catholique. Un monde aux antipodes des super productions hollywoodiennes…

Qu’est-ce qui vous a décidé à jouer Frère Luc?
C’était pour moi l’occasion de faire quelque chose de personnel qui touche à ma foi et à mon intimité spirituelle. Frère Luc servait la communauté en soignant les plus pauvres, il était une sorte de marabout, de sage. Cet homme entièrement dévoué au genre humain éprouvait un amour des autres irrésistible: je ne pouvais pas refuser ce rôle extraordinaire. Encore fallait-il réussir à incarner ce qu’il vécut, la puissance de sa présence. Frère Luc était plus qu’un sage: cet homme était tout près de la sainteté.

Comment vous êtes-vous préparé à ce rôle si particulier?
Oh vous savez, je ne prépare jamais grand-chose. Je veux pouvoir jouer spontanément et suivre ma petite voix intérieure. D’ailleurs, Xavier (le producteur, ndlr:) avait préparé une description du personnage, avant de m’avouer que ce serait beaucoup mieux si j’oubliais ses feuillets pour improviser.

Entrer dans la peau d’un moine, est-ce si facile?
C’était en tout cas moins ardu pour moi qui ai l’habitude de faire des retraites, que pour les autres acteurs. Ils ont d’ailleurs été en séjour chez les moines cisterciens, en imaginant qu’ils allaient s’enterrer une semaine chez des vieux barbons. Eh bien, ils en sont ressortis complètement scotchés, cette expérience de vie les avait propulsés dans un autre monde fascinant. Les contraintes du métier ont fait le reste. Parce que vous savez, on dit que l’habit ne fait pas le moine, mais une fois la robe monacale revêtue, j’ai bien senti que les autres acteurs, tout d’un coup, n’étaient plus les mêmes… (sourire).

Le succès du film vous a-t-il surpris?
Nous avons tous été stupéfaits! Il faut dire que le film est assez long (et la première tentative durait deux heures et demie) et que sa lenteur, son esprit sont aux antipodes des monstruosités qu’on voit actuellement au cinéma. Malgré ou grâce à cela, de nombreuses personnes l’ont vu trois fois! Je regrette que le grand public ne visionne pas plus de films de ce calibre, qui nous font entrer dans un monde de grâce où quelqu’un, simplement, donne sa vie pour l’humanité. Le fait d’avoir réussi à séduire tout le monde, et pas seulement les croyants, montre qu’il y a malgré les apparences un besoin spirituel réel et profond, et cela me réjouit.

Ce rôle vous a-t-il rendu heureux?
Aussi heureux qu’un pianiste interprétant une merveilleuse œuvre de Bach! Tout le monde rêve de donner, d’être quelqu’un de bien, et le don à autrui de Frère Luc devait être mis en valeur avec autant de force que possible. Bien sûr, ma foi m’a aidé à jouer, à essayer de ressentir ce sacrifice qu’il a fait. Jouer Frère Luc c’était té- moigner de la joie qui m’habite, vouloir aller plus loin pour les autres. Vous êtes très engagé dans la foi.

Avez-vous pensé à entrer dans les ordres?
Oui, et j’ai hésité pendant très longtemps, mais deux choses m’ont retenu. D’abord, ma situation familiale ne le permettait pas – je devais aider financièrement ma mère et mes tantes. Et puis, le milieu artistique m’attirait, j’aimais beaucoup la liberté, la création, j’avais besoin de les exprimer. J’aurais donc fait un bien mauvais moine (rires). Alors comme vous pouvez le constater, je me rattrape en jouant des rôles de prêtre. Le scénario de mon prochain film, c’est d’ailleurs l’histoire d’une église abandonnée que commencent à occuper une trentaine d’Africains exilés. Le prêtre se rendra peu à peu compte qu’il lui faut sortir de sa routine bien organisée s’il veut servir son prochain.

Etre resté laïc, n’est-ce pas une frustration pour vous?
Non, car je vis pleinement ma foi. Je prie partout, à la façon des nomades, que ce soit dans le bus, le métro, l’avion, les chambres d’hôtel… Dieu est partout où l’on regarde et croyezmoi, Il écoute! Mais il y a un bémol: Il répond rarement comme on le voudrait. Dans ma carrière, j’ai eu l’occasion de jouer l’ange Gabriel. Je devais faire semblant de dire à Dieu: Seigneur, Tes œuvres sont parfaites, puis appliquer Sa volonté sans cacher mes grimaces. J’ai adoré!

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