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Une bouffée d’air frais pour les journalistes égyptiens

Abir Saady est journaliste depuis vingt ans et seule femme membre du Conseil exécutif du syndicat de la presse égyptienne. Elle analyse l’après-Moubarak.

EDITO: Comment les journalistes égyptiens perçoivent-ils la révolution?
Abir Saady: Ils en sont ravis…mais furieux de la manière lamentable dont elle a été traitée par leurs médias respectifs, surtout par ceux qui sont proches du pouvoir. La ligne éditoriale, jusqu’à la dernière minute, a été claire: faire comme si de rien n’était. Et quand les éditeurs ont compris que Moubarak allait perdre la partie, ils ont tout d’un coup retourné leur veste en faisant l’apologie de la révolution. Ces manœuvres ont décrédibilisé tous les journalistes des rédactions, pas seulement les responsables. En virant leurs chefs, ils espèrent rétablir leur réputation. Difficile, puisque nombre des éditeurs fraîchement nommés sont, eux, proches de l’armée…

A quoi ressemble actuellement le paysage médiatique égyptien?
Pendant trente ans, toute la structure de la presse a été étroitement surveillée par le pouvoir. Nous avions des publications gouvernementales, des médias appartenant aux partis politiques et une presse dite „indépendante”. La quasi-totalité des éditeurs était fidèle au parti de Hosni Moubarak et les médias étaient contrôlés par le Conseil consultatif, situé bien sûr dans le même bâtiment que le Parti national-démocratique de Hosni Moubarak. La révolution, qui a eu lieu il y a quatre mois seulement, a tout fait voler en éclats. Le monde des médias doit donc se redéfinir entièrement.

Maintenant que le régime Moubarak est tombé, quelle est la priorité du syndicat de la presse?
Former les journalistes! L’Egypte peut se targuer d’excellents professionnels qui connaissent très bien leur terrain, mais qui n’ont jamais eu le temps de se former correctement. Ils ont des lacunes abyssales en matière de déontologie et de technologies de l’information. Par ailleurs, les managers, dans les journaux, doivent apprendre à mieux gérer les budgets et les équipes. Tout doit être revu, car produire un journalisme de qualité est une condition essentielle à la démocratie.

Les journalistes égyptiens jouissent-ils désormais de leur pleine liberté d’expression?
Hélas non, beaucoup de lois peuvent encore nous envoyer en prison, et beaucoup de nos collègues y sont encore. Mais le plus gros problème, c’est la mentalité que nous avons développée:le cerveau des journalistes lui-même doit faire sa révolution, et c’est bien normal. Imaginez que pendant des décennies, nous avons dû apprendre à nous conformer strictement aux lois de la censure, quelle que soit la qualité de l’information! Les lois aussi doivent changer. D’ailleurs, nous sommes en train de nous battre pour abolir tout ce qui restreint notre liberté, et pour faire passer une loi obligeant les officiels égyptiens à répondre clairement à nos questions. Enfin, nous organisons un festival sur la liberté d’expression le 3 mai, à l’occasion de la Fête du travail, histoire de sensibiliser les Egyptiens à la question cruciale de la liberté d’expression. Cette liberté n’adviendra pas en un jour, mais nous sommes sur le bon chemin.

Une bouffée d’air frais


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