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Liban, la guerre aux trousses

Liban, la guerre aux trousses

Les oliviers et le soleil de la région libanaise d’Akkar ne peuvent faire oublier le conflit qui, à quelques kilomètres à peine, plonge les Syriens dans l’horreur. Les Libanais, mal guéris d’une longue guerre civile, angoissent.

Il fait nuit. Une bise glaciale s’infiltre dans les recoins de la tente. A chaque bourrasque, les enfants se recroquevillent un peu plus sous les couvertures, autour de leur mère pâle et silencieuse. Au centre de la petite tente de la famille syrienne Al Khoury, recouverte de matelas trop minces, brûle un feu : il n’y a pas de mazout. Menacées par le vent, des bougies font vaciller la pénombre : l’électricité est rare dans le camp de Sahal Miniara, installé au milieu d’un champ boueux.

« Nous avons perdu notre dignité »

C’est là que survit la famille Al Khoury, venue à pied depuis Qousseir, leur ville détruite par les combats de l’autre côté de la frontière. La marche, dans la montagne et le froid, a pris deux semaines. «Beaucoup de ceux que nous aimions sont morts», dit Houssam le père d’une voix douce tandis que sa femme pleure en silence. Avant la guerre, Houssam Iddin Al Khoury était électricien. «Mais ici, il n’y a pas de travail. Les Libanais nous détestent, nous avons perdu notre dignité. C’est pire que la mort», souffle-t-il d’une voix étranglée.

Une situation ingérable

Et à moins d’un miracle, la situation ne peut aller qu’en empirant. En décembre, les réfugiés syriens représentaient 20 % de la population du Liban, qui compte 4,2 millions d’habitants, selon les estimations des Nations Unies. Un chiffre en réalité nettement plus élevé, car de nombreux Syriens ne s’enregistrent pas auprès de l’ONU – qui a réduit son aide par manque de fonds. Pour le Liban, dont les infrastructures en santé et aide sociale sont défaillantes, accueillir autant de monde est un défi. «La présence des Syriens est une menace pour notre pays», estime Nour Abirached, une jeune chrétienne maronite de 17 ans.

Des blessures encore ouvertes

Les Libanais sont d’autant plus angoissés qu’ils ont vécu une guerre civile, entre 1975 et 1990, déclenchée entre autres par la militarisation des réfugiés palestiniens. «La guerre, c’est quelque chose de dégoûtant. Nous avons perdu des amis, des voisins, de la famille et nous n’avons pas guéri de nos blessures. Nous ne voulons plus brûler notre pays», affirme Wissam Rajha, un chrétien de Beyrouth qui a vécu cette période. Il souligne néanmoins la générosité des Libanais qui aident au mieux les rescapés. «Nous faisons notre maximum, nous ne pouvons pas les laisser mourir !» La guerre en Syrie a un autre effet négatif sur le Liban : elle exacerbe les problèmes confessionnels. Le Hezbollah chiite et les alaouites – religion du président al-Assad – soutiennent le régime, tandis que les musulmans sunnites sont aux côtés de l’opposition et que les chrétiens tentent de rester hors de ce jeu dangereux.

Réaliser l’impossible

Dans la région libanaise d’Akkar, qui voit coexister les quatre religions, les tensions sont très présentes. La ville de Tripoli, son chef-lieu, a ainsi été le théâtre d’affrontements meurtriers entre alaouites et sunnites. Mais l’avenir pourrait être différent, c’est du moins ce que croit Friedrich Bokern. Cet Allemand dirige une organisation appelée «Relief and Reconciliation» (Soutien et Réconciliation) qui travaille au dialogue entre communautés. Sa stratégie : les amener à collaborer pour le bien des réfugiés à travers des programmes d’aide sociale ou d’éducation.

Mais comment parler de paix alors qu’à une demi-heure de là une guerre fait rage ? «Lors du repas de rupture du ramadan, la période de jeûne chez les musulmans, sunnites et alaouites, qui sont des ennemis jurés, ont prié et mangé ensemble. Je ne croyais pas que cela serait possible», dit-il avec émotion. Un miracle porteur d’espoirs, dans un pays qui en a plus que jamais besoin.


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