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Benny Gantz, le général qui veut déboulonner Benyamin Netanyahou

Dans la course aux élections anticipées du 9 avril, le rival le plus sérieux du premier ministre est un ancien chef d’état-major de l’armée au programme encore flou

Pour Benyamin Netanyahou, il y a péril en la demeure. Ce péril a un nom: Benny Gantz, son principal adversaire en vue des élections anticipées du 9 avril. Un homme si populaire qu’il talonne le premier ministre avec 38% des intentions de vote contre 41% pour le chef du gouvernement, selon un sondage mené en janvier par la télévision publique.

Embarrassantes affaires de corruption

Si le challenger représente une alternative sérieuse à l’actuel premier ministre, qui tient les rênes du pouvoir depuis maintenant une décennie, c’est qu’il lui fait concurrence sur son terrain fétiche: la défense d’Israël. Benny Gantz est un ancien chef d’état-major – en d’autres termes, il «n’a rien à prouver dans ce pays militariste», comme le relevait un éditorialiste de Haaretz.

Au grand dam de Benyamin Netanyahou, qui s’est présenté comme l’homme fort de l’Etat hébreu pour faire oublier à ses électeurs des affaires de corruption qui pourraient lui valoir en février une mise en accusation, mais surtout pour asseoir son autorité de premier ministre.

Jusqu’à son élection, Israël avait généralement préféré d’anciens militaires pour diriger le pays. «Bibi», comme l’appellent ses partisans, en avait fait personnellement les frais en 1999, évincé par Ehoud Barak sept ans après qu’un autre premier ministre du Likoud, Yitzhak Shamir, a été détrôné par le chef d’état-major Yitzhak Rabin.

Un faucon

Benny Gantz a un autre atout: malgré les accusations de ses rivaux, il n’est pas de gauche – ce qui l’aurait discrédité d’avance dans un pays marqué très à droite. Le nom de son parti centriste créé le 27 décembre, Résilience pour Israël, montre clairement dans quelle direction entend aller ce haut gradé, qui a dirigé les guerres «Pilier de défense» et «Bordure protectrice» de 2012 et 2014 à Gaza.

«Les Israéliens ne croient pas en un compromis, qu’ils assimilent à de la faiblesse. Pour survivre à leurs voisins et ennemis, ils revendiquent la force», commente Yossi Schein, directeur de l’Ecole de sciences politique, gouvernementale et d’affaires internationales à l’Université de Tel-Aviv.

Les vertus du silence

L’analyste relève que pour l’instant, Benny Gantz est un ovni dans la scène politique israélienne : il est… réservé. «Je vous assure, c’est un grand plus dans cette société où tout le monde cause beaucoup. Cela donne l’impression que lui, il agit», s’amuse le professeur Yossi Schein. Pendant plusieurs semaines, les Israéliens n’ont eu droit à aucune déclaration de sa part.

Pire : son programme est un mystère, tout juste annonce-t-il sur le site de son parti avoir l’intention de «continuer de renforcer l’Etat d’Israël en tant que pays juif et démocratique à la lumière de la vision sioniste telle qu’elle a été exprimée dans la Déclaration d’Indépendance». Un mutisme si surprenant que certains internautes moqueurs ont créé une page Facebook pour lui donner des idées, au cas où il lui en manquerait.

Le «lien profond» entre communautés juives et druzes

Lundi 14 janvier, Benny Gantz a enfin rompu le silence. Sa première déclaration publique s’adressait à une minorité israélienne très fidèle à l’armée: les Druzes. Ces derniers s’étaient déplacés près du domicile du candidat pour manifester contre la loi sur l’Etat-nation, votée en juillet et privilégiant clairement les citoyens juifs.

Une législation qui «devrait exprimer le lien profond et indéfectible» entre les communautés juives et druzes d’Israël, «pas seulement dans le combat mais aussi dans la vie; pas seulement dans les difficultés mais aussi dans les bons moments», a affirmé Benny Gantz, sans dire un mot sur les droits des Arabes israéliens, qui représentent près d’un cinquième de la population.

La justice comme arbitre?

Ce discours a plu, mais «Benny Gantz doit prouver aux Israéliens indécis qu’il représente une alternative crédible à Benyamin Netanyahou», relève Yossi Schein. Pour se donner plus de poids, l’ancien général cherche à faire alliance avec Gabi Ashkenazi ou Moshe Ya’alon, deux anciens chefs d’état-major, ainsi qu’avec Orli Levi-Abekasis, une femme mizrahi (originaire de pays arabes) membre indépendante de la Knesset.

«Il faudra aussi que Benyamin Netanyahou ne parvienne pas à former une coalition pour continuer à gouverner, ce qui n’est pas impossible au vu de la fragmentation de la droite», affirme le professeur. L’issue des élections passera aussi par la justice: le procureur général décidera en février de la mise en accusation du premier ministre dans les affaires de corruption qui lui sont reprochées. Pour le général Benny Gantz, la bataille ne fait en réalité que commencer.


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