Soeur Marie-Paul au pays du Ciel

Décédée le matin même où cet article est publié, Sœur Marie Paul avait prononcé ses vœux au couvent des Bénédictines il y a soixante-trois ans. Une vie dédiée à la quête de Dieu, qu’elle contemplait avec bonheur début avril lors de notre rencontre.

Au terme d’une existence « fabuleuse », sœur Marie-Paul rayonne. A l’hôpital Saint-Louis de Jérusalem, le cancer dévore la nonagénaire, mais après s’être consacrée à ce que l’âme a de beau au-delà des maux d’ici-bas, rien n’entame sa quiétude.

Marie-Thérèse – « Mimi » pour les intimes – a été ordonnée religieuse auprès du couvent des Bénédictines du Mont des Oliviers il y a quasi soixante-trois ans. Plus d’un demi-siècle traversé dans le silence et la prière tandis qu’en contrebas, Jérusalem tressaillait au rythme des pèlerins, des morts, des heurts, des accords, dans un monde en plein bouleversement.

« Pas n’importe où au Ciel »

Blottie dans sa chaise roulante, elle livre son récit dans un français doux où roulent les « r », à l’égyptienne. C’est qu’elle a grandi au Caire, dans une famille catholique très pieuse de neuf enfants, d’origine italienne. La vieille dame au regard lumineux se souvient de cette sortie de catéchisme où on ne lui avait parlé que de l’enfer. « J’avais six ans, et j’ai soudain entendu une voix me dire : ‘si tu doutes un instant que tu iras au paradis, tu feras de la peine au petit Jésus’ ». L’œil, soudain, se fait espiègle. « Je n’ai jamais douté… mais je ne voulais pas être n’importe où au Ciel : je voulais une place de choix ! »

L’appel de Dieu, Marie-Thérèse l’entend à l’âge de 23 ans, un soir de pleine lune. Accoudée à la fenêtre, elle hume l’air de la nuit, admirant le jardin des voisins lorsque « soudain, le Seigneur est apparu en un moment de tendresse indescriptible : Il me prenait dans ses bras. J’ai pensé : comme c’est étrange, tant de gens meurent de souffrance et moi, je vais mourir de joie ! » L’entrée dans les ordres prendra du temps. « Mimi » n’est convaincue par aucune congrégation, et puis sa mère s’oppose à son projet. Jusqu’au jour où Dieu l’exauce en rétablissant Rémi, un de ses fils tombé soudainement très malade. Elle qui avait promis de laisser partir sa fille au couvent en échange de cette guérison doit s’exécuter.

Une liberté « immense »

Les maisons religieuses ne manquent pas dans le Caire des années 1950, mais c’est à Jérusalem que Marie-Thérèse trouvera son bonheur. En pèlerinage dans la ville sainte, elle passe par le couvent des Bénédictines pour y porter un cadeau à une religieuse… et décide de ne plus partir. « J’ai frappé à la porte et j’ai demandé : que dois-je faire pour entrer ? », raconte-t-elle avec un sourire. Le 15 août 1956, Marie-Thérèse qui devient sœur Marie-Paul en prononçant ses vœux définitifs ressent « une liberté intérieure immense ». Elle raconte une vie rythmée par les études, le travail, les récréations deux fois par semaine et ces fous rires pendant le De Profundis, la prière des morts. « Les soeurs miaulaient parfois en chantant! »

« Comme une fusée »

La vie au couvent n’est pas un long fleuve tranquille pour cette femme au fort caractère, mais l’art de l’iconographie que la mère supérieure lui ordonne d’apprendre dès les années 1960 l’aide à canaliser son feu intérieur. « Je n’ai qu’un regret : avoir beaucoup pataugé spirituellement alors que je croyais partir à Sa rencontre comme une fusée. Mais l’immensité de sa présence me console : Il a toujours été là, en haut du ciel comme au fond de mes gouffres ! » Et dans toutes les icônes qu’elle a réalisées, dont celle de la Sainte Famille. Créée en 1984, elle exprime ce à quoi sœur Marie-Paul a aspiré toute sa vie, et qui la réjouit à l’heure de sa mort : la communion avec Dieu.

Comment priez-vous ?

Je ne prie plus. J’en ai bien récité, des prières, mais très vite, j’ai eu envie de me taire. Au couvent, pendant les offices, je gardais mon livre de psaumes dans la main, mais je ne prononçais par les paroles. Elles sont pour moi une entrave à la vie spirituelle. Cette question de la présence de Dieu dans le silence m’a poursuivie jusqu’à ce que je réalise ma première iconographie. En écrivant Dieu, je me suis liée à Lui au-delà de toute expression humaine.

Que représente Dieu pour vous ?

Il n’est ni un juge, ni un justicier, mais un Père qui nous embrasse malgré toutes nos imperfections. Il suffit de prendre conscience de notre misère et vouloir faire des efforts. Voyez comme Il m’a accordé Sa grâce, moi qui ne suis pas une sainte-nitouche ! Dieu ne s’est pas fait homme pour rien en nous envoyant son fils. Jésus, c’est le pays du Ciel.

Ce Ciel, comment vous l’imaginez-vous ?

(avec allégresse) Je n’imagine rien : ça sera la surprise ! Je suis sûre que le Seigneur est encore autre que ce que j’imagine. Ma seule certitude, c’est l’amour que porte le Père. Il embrasse l’humanité, aujourd’hui et pour toute l’éternité.


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