READING

Benyamin Netanyahou, le choix des urnes

Benyamin Netanyahou, le choix des urnes

Incapable de former un gouvernement, le premier ministre a convaincu le parlement de rejouer les législatives plutôt que de lui désigner un remplaçant. Un coup de force sans précédent dont le but non avoué est de lui permettre d’échapper à des poursuites judiciaires

Mercredi aux douze coups de minuit, dans un parlement israélien électrique, le carrosse de Benyamin Netanyahou s’est transformé en citrouille. Peu ont importé les promesses, menaces, chantages et supplications, le premier ministre n’a pas convaincu les 61 députés sur 120 dont il avait besoin pour former une coalition. Remettre son mandat au président, Reuven Rivlin, afin qu’un autre député forme le gouvernement? Impensable. Dans un moment de faiblesse inédit, le premier ministre a alors accompli «un coup de force absolu: convaincre les députés de se mettre eux-mêmes à la porte», souligne Gideon Rahat, directeur du programme de réforme politique de l’Institut pour la démocratie en Israël.

Peu avant minuit, 74 élus ont ainsi accepté de dissoudre la 21e Knesset. Un coup de théâtre comme le pays n’en avait jamais vu. «C’est la première fois qu’on en vient si rapidement à cet extrême», affirme Gideon Rahat, qui se souvient de deux précédents en 1990 et 2008.

Le pouvoir d’un seul homme

Cinquante et un jours après avoir élu leurs représentants, voilà que les Israéliens vont devoir remettre le couvert. Tout ça «à cause des ambitions personnelles d’un homme», affirmait mercredi soir le premier ministre, qu’on avait rarement vu si tendu. Le coupable pour lui, c’est Avigdor Lieberman. Brutus de la politique israélienne, il a servi Netanyahou comme chef de cabinet, puis comme ministre de la Défense, avant de le faire vaciller grâce à son parti, Israël Beitenou, dont Netanyahou avait besoin pour former le gouvernement.

Le prétexte de leur affrontement? Un dossier brûlant en Israël: l’exemption des ultra-orthodoxes de l’armée, au nom de l’étude de la Torah. Une exception que Benyamin Netanyahou maintient fermement à cause de son alliance avec les très religieux. A l’inverse, Avigdor Lieberman s’est fait le porte-parole des Israéliens que ce privilège scandalise. Mercredi, il a conditionné son entrée dans le gouvernement à l’inscription d’un projet de loi obligeant les ultra-orthodoxes à s’engager. Le refus catégorique du premier ministre lui a permis de lui claquer au nez la porte de la Knesset.

Temps limité

Voilà donc que les Israéliens reprendront le chemin des urnes le 17 septembre déjà. Ils n’en demandaient pas tant. Les bas de laine de l’Etat non plus d’ailleurs, les frais d’une élection étant estimés à plus de 400 millions de francs, y compris la perte que représente le jour de congé national octroyé pour aller voter. Certains sont contents, malgré ce balagan (agitation en hébreu), de constater que les institutions démocratiques fonctionnent encore. D’autres sont écœurés de voir le pouvoir d’un seul homme sur tout un parlement, un pouvoir qui n’est pas près de s’éteindre. «Netanyahou a gardé son poste et va se battre comme un lion pour gagner les prochaines élections. Cela sera compliqué, mais il a plus d’un tour dans son sac», prédit Gideon Rahat.

Certes, il lui faudra affronter de nouveau le parti de centre gauche Bleu Blanc, formé d’anciens généraux israéliens, et un Avigdor Lieberman «d’autant plus dangereux qu’il est vraiment à droite. Etre attaqué de l’intérieur, c’est toujours pire», avance Gayil Talshir, chercheuse en science politique à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Mais les conséquences de l’échec de Benyamin Netanyahou à former un gouvernement vont au-delà de la politique. Elles touchent un point crucial pour l’avenir du premier ministre: ses ennuis judiciaires. Soupçonné de fraude et abus de confiance dans les affaires dites 1000 et 2000, et de corruption dans une affaire nommée 4000, il comptait en effet sur l’acceptation très rapide par la Knesset d’une loi sur l’immunité. Abrogé en 2005, ce texte offre aux députés une protection automatique contre des poursuites criminelles. Ce, à moins d’une décision du procureur général lors d’une procédure qui devrait recevoir l’aval du comité et du plénum de la Knesset.

Un parcours Vita

Ce texte et la proposition de réduire les pouvoirs de la Cour suprême, bête noire d’une partie de la droite, scandalisent une bonne partie des électeurs. Un sondage publié fin mai par l’Institut pour la démocratie en Israël donnait 62% d’opposants à l’immunité, alors que les électeurs de droite la désapprouvent, eux, à 48%. La colère est telle qu’elle a réuni le 25 mai quasi tous les partis d’opposition israéliens et des dizaines de milliers de manifestants à Tel-Aviv. «Je ne suis jamais descendu ainsi dans la rue, mais trop, c’est trop», confiait Hagaï, un tranquille sexagénaire qui s’était déplacé pour l’occasion.

A présent, le premier ministre devra trouver autre chose pour échapper au procureur général de l’Etat d’Israël, Avichaï Mendelblit. Le temps presse: une audience préliminaire est prévue les 3 et 4 octobre, soit deux semaines seulement après les élections. Cela ne laisse pas le temps de former un gouvernement, encore moins de passer une loi… Mais dans son parcours Vita du pouvoir, «Bibi» pourrait bien trouver autre chose pour continuer de séduire l’électeur et, surtout, de fuir le procureur.


COMMENTS ARE OFF THIS POST