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Ces «citoyens de seconde zone» qui pourraient faire tomber «Bibi»

Cibles de la droite israélienne qui les présente comme des traîtres, les Palestiniens détenant le passeport israélien sont poussés à s’abstenir de voter

Ils sont aujourd’hui 1,8 million, soit 20,95% de la population israélienne. Descendants des 250 000 Palestiniens restés dans l’Etat d’Israël après sa création en 1948, ils sont communément appelés «Arabes israéliens», ce qui ne leur convient pas toujours. «Cela peut insinuer que nous sommes venus du monde arabe en 1948, alors que notre lien à cette terre est bien plus ancien», relève Maha al-Naqib, une activiste politique dont la famille est établie depuis deux cent cinquante ans à Lod.

«Des citoyens de seconde catégorie»

A un quart d’heure seulement de Rehovot, les disparités entre quartiers sont criantes dans cette ville comptant 30% de Palestiniens parmi ses 75 000 habitants. Ainsi, les routes menant aux maisons sont parfois en gravier. «Et nous n’avons souvent pas de collecte des ordures», relève Maha. C’est que même en payant une taxe municipale aussi élevée que leurs compatriotes juifs, les Palestiniens israéliens peinent à obtenir des services dignes de ce nom. Une conséquence du fait que de nombreuses habitations sont construites illégalement «faute de ne pas pouvoir obtenir de permis de construire ou de pouvoir s’insérer dans un projet immobilier». Celui d’Eliashiv («Dieu reviendra») avec ses appartements flambant neufs lui aurait fait envie, «mais il y a une énorme pression sociale pour ne pas louer aux Arabes. Nous, en revanche, nous bénéficierions de meilleurs services si nous avions des voisins juifs», affirme la dynamique quinquagénaire.

D’autres barrières existent. Celle de l’intégration économique, par exemple. En 2018, 53,3% des Palestiniens israéliens étaient considérés comme nécessiteux selon les critères de l’OCDE, talonnés par les ultraorthodoxes (48,7%), beaucoup plus que le reste de la population (13,5% de pauvres). Très présents dans le domaine des soins, de l’éducation ou de la construction, les Palestiniens israéliens sont «toujours plus éduqués: c’est l’accès à l’emploi qui coince», relève l’activiste Samah Salaime, coordinatrice de «Women in the Center», une association sise à Lod et à Ramla. «Notre situation a complètement changé ces cinquante dernières années. Mais plus nous sommes conscients de nos droits, plus nos compatriotes juifs se sentent menacés.» Et de prendre en exemple le texte sur l’Etat-nation, une «claque» qui a «inscrit dans la loi que nous sommes des citoyens de seconde catégorie».

Un appel à l’abstention

Des citoyens qui votent pourtant et qui, mardi, s‘ils votaient tous pourraient traduire leurs voix en pas moins de 28 sièges à la Knesset, permettant ainsi d’évincer Netanyahou. Un danger qui a poussé le premier ministre à multiplier les attaques contre les «Arabes». Chatbot Facebook bloqué pour incitation à la haine, proposition de surveillance par caméras des urnes fréquentées par des électeurs arabes: tout a été bon ces derniers jours pour tenter de décourager un cinquième des électeurs de voter. En avril, cela avait fonctionné: plus de 50% des Palestiniens israéliens ne s’étaient pas déplacés. Reste à savoir si, cette fois-ci, l’union des forces arabes en un seul parti, Liste Jointe, et l’énergie déployée par les députés pour mobiliser les électeurs parviendront à contrer le sentiment d’impuissance et le découragement.


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