Kippour, Jour du Pardon… et du vélo

Yom Kippour est la fête la plus solennelle du calendrier juif. En Israël, c’est aussi un jour où le vélo est roi.

C’est un monde qui l’espace de vingt-cinq heures, s’apaise. Dans les rues d’Israël en ce matin du 9 octobre 2019, le silence irréel n’est ponctué que par les rires des enfants et le chant des oiseaux. Plus une voiture ne roule, plus un avion ne décolle, seuls les services d’urgence – santé, défense – fonctionnent encore. Magasins et restaurants sont porte close et les télévisions du pays ont interrompu leurs programmes.

Devenir des anges

La raison de cet arrêt exceptionnel ? Yom Kippour, la fête juive du Grand Pardon où l’on expie les fautes commises envers Dieu et son prochain, dix jours après le Nouvel An juif. A l’issue de cette célébration, ceux dont le repentir est jugé valable par Dieu entrent dans le Livre de la Vie. Par l’expression « Gmar Hatima Tova », on souhaite d’ailleurs à ses proches qu’ils y inscrivent aussi leur signature.

Des rituels de pénitence particuliers sont observés, tels qu’un jeûne total et divers interdits (se laver, entretenir des relations intimes…) tandis que des prières spéciales sont dites à la synagogue. Elle est bondée puisque même les juifs les moins observants suivent le jeûne expiatoire – d’où l’expression « juif de Kippour » désignant ceux qui ne mettent qu’exceptionnellement les pieds dans une « shoul ». A l’autre bout du spectre religieux juif, on trouve les ultra-orthodoxes comme Haya Cadaner. Cette habitante de Rehovot, une petite ville israélienne au sud de Tel Aviv, loue Yom Kippour comme une occasion de « se séparer du monde physique pour que l’essence divine nous soit révélée. Nous devenons comme des anges en nous rappelant à Qui nous devons des comptes pour les péchés commis en nos cœurs, nos esprits et dans nos actes », affirme-t-elle.

Le règne sans partage de la « Petite Reine »

Il y a le Kippour des mystiques… et celui des cyclistes. En Israël, Yom Kippour est aussi appelé « Yom ha Ofanaim » : « Jour des Vélos ». Un phénomène apparu il y a une vingtaine d’années et qui a pris de l’ampleur sous l’impulsion des jeunes Israéliens préférant se balader à vélo qu’aller prier. C’est qu’à Kippour, le trafic s’arrête. Aucune loi n’interdit aux Israéliens de prendre le volant, mais tout le monde respecte la tradition religieuse qui interdit de rouler ce jour-là, comme à shabbat. Dès le crépuscule du soir précédant Kippour, des milliers de « Petite Reine », de trottinettes, de planches à roulettes et de rollers investissent les rues, les routes et les autoroutes apaisées.

Dans les jours qui précèdent la fête, c’est « la folie » dans les magasins de cycles comme en témoigne Ilan Schwebel Shaul, propriétaire de l’Israeli Bicycle Mechanic Center à Tel Aviv. « Les professionnels assemblent des centaines de vélos deux mois avant la fête déjà et le jour d’avant, nous travaillons 23 heures sur 24. Certains achètent neuf chaque année », dit-il, comparant la furie d’achats s’emparant de ses compatriotes aux « shopping days » américains avant Noël.

La quiétude écologique qui s’empare du pays n’est pas le seul fait étonnant de Kippour. L’autre, c’est l’absence de tensions entre religieux et non-religieux autour de cette journée. « Certains prient, d’autres pédalent, mais à de rares exceptions près, tout le monde se respecte : les non-religieux ne prennent pas la voiture et même chez les religieux, les enfants ont le droit d’aller faire du vélo ou du patin à roulettes sur les routes », relève Ilan Schwebel Shaul. Kippour, le Jour où les miracles se réalisent…


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